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Jean-Jacques

Rougeaux

 

 

Photographe

Auteur

 

POST IMAGINI

DES SENS A LA PHOTO: L’ETRE PHOTOGRAPHE

UNE LETTRE PHOTOGRAPHIQUE du 23 avril 2018.

Choisir à être.

Je m’attache dans mon expression photographique à travailler plus particulièrement dans le domaine du paysage et de la photographie à caractère social. Deux domaines qui en apparence s’opposent mais qui pour moi se complètent. J’aime à composer avec les paysages sans la présence d’êtres vivants. L’immersion visuelle est directe, sans détour possible vers un autre sujet. Mon expression photographique se base sur un art contemplatif : apprendre à observer, à regarder, à écouter et savoir perdre du temps dans un monde où nous ne savons plus attendre. C’est aspect contemplatif me permet de réfléchir et de poser les choses qui s’offrent à nous. Le monde semble alors m’appartenir autant que je lui appartiens. Dans la photo à caractère social l’humain est en prise directe avec le monde du vivre ensemble et nous voila justement aux prises avec ce lien qui nous rattache aux origines de notre espèce. La pratique de la photo de paysage m’ouvre un espace de liberté, une distance nécessaire à la compréhension de l’être social. J’aborde la photo à caractère social en soudant se qui se vie du regard aux mains. C’est aussi pourquoi je cadre le plus souvent possible cet espace de vie qui marque l’instant magique de la création. Contrairement au cinéma contemporain la photo est muette, ce qui ne veut pas dire pour autant que le photographe n’entend pas. Faire entendre sa photo est aussi important que d’écouter ce qui se dit au sujet de vos photos comme ce qui s’exprime dans les silences. La photo de paysage ouvre un univers onirique comme une fenêtre sur le rêve propre à l’ « Onerios » cher aux surréalistes. Les sentiers côtiers de Bretagne m’apportent une matière à travailler mais Il m’est apparu rapidement que travailler la photo c’est aussi être travaillé par elle. Marcher, observer, laisser aller son imagination jusqu’au moment où l’on décide de se poser. Attendre, savoir attendre, s’ouvrir au monde, laisser aller ses idées, les laisser passer aussi sans les retenir, jusqu’à l’instant où l’on est ce qui est.

C’est par cette volonté de choisir à être que je choisi l’endroit d’où je vais prendre la photo car ce lieu va devenir un lieu à être là. S’il existe bien une technique photographique il existe aussi pour moi une posture mentale pour photographier comme un préalable à concevoir et créer. Personnellement je pratique autant que possible une courte méditation qui pose l’empreinte d’un ce que je voie est ce que je ressens. L’appel des sens à être là demande à ne pas être dominé par ce que l’on croit être mais à accueillir le réel. Je pratique donc ce que l’on appelle la méditation de la pleine conscience. Cette méditation issue en partie de la méditation bouddhiste est aussi un choix philosophique. Christophe André, psychiatre et psychothérapeute de renom est l’un des principaux spécialistes français de la méditation et de la pleine conscience. C’est en suivant ses leçons et en pratiquant que j’ai naturellement appliqué cette méthode dans mon rapport à la photographie. Je ne me coupe pas du monde, je ne suis pas dans le contemplatif théologique, je ne suis pas en dehors du réel mais bien dans la recherche d’un état de bien être et de bonheur. Lors ce que l’on me questionne sur ma conception de l’art photographique je cite souvent Lacan. « Le tableau, certes, est dans mon œil, mais moi, je suis dans le tableau. » Garder en souvenir ces moments de plénitude c’est aussi faire appel à mémoriser le lieu de cette mise en situation. C’est un peu comme un surfer qui se souvient des spots où les vagues sont porteuses d’une générosité en amenant le corps et l’esprit à venir et revenir comme dans une rencontre.

Il m’arrive très souvent dans la photo de paysage de prendre quelques photos comme le ferait un photographe de cinéma en repérage de lieux où vont se tourner des scènes, mais dans la photo à caractère social c’est un préalable par obligation. S’il est une constante impérative de la prise photographique de paysage c’est bien celle du temps. Que ce soit par le viseur ou l’écran de son appareil, le photographe est à la fois dans sont appareil et dans ce qu’il voit. Ce n’est pas l’appareil photo qui décide de se déclencher tout seul, mais bien le photographe qui choisit et qui décide. Le temps et le temps….Capter et restituer la lumière dans un temps donné, voilà ce qui techniquement pourrait d’une façon très réductive résumer la technique photographique. Si le temps est pour moi le sujet philosophique incontournable de la pensée humaine, il est aussi celui du photographe. Le temps de prise de vue et le temps météorologique sont les seules véritables questions que je me pose dans la prise de vue de paysage. Savoir attendre, dis-ai-je ci-avant. Mais ce savoir attendre et aussi un savoir choisir quand prendre une photo. Ce que j’affectionne particulièrement ce sont ces courts instants que sont l’heure bleue et l’heure dorée où notre monde semble vouloir naître et se reposer chaque jour. La solitude de la photo de nuit m’apporte des découvertes insoupçonnables comme un surgissement de l’inconnu. Une pause longue est un temps que l’on impose pour un résultat technique mais c’est aussi pouvoir figer ce qui ne l’est pas. Le paysage marin par exemple à ceci de particulier qu’il me demande de choisir l’heure des marées car la photographie est aussi l’art de la patience. En quelque sorte la nature décide ce qu’elle « veut » me faire vivre. L’on comprend donc toutes les difficultés suivant ce que l’on souhaite faire et ce que l’on fait, là réside pourtant la magie de la photographie. Nous pouvons aligner autant de paramètres que nous voulons, chaque prise de vue se doit d’être unique comme chaque instant de notre vie. Ainsi se complète la photo de paysage et la photo à caractère social. Si je reprends la métaphore du surfer, je dirai qu’il ne surfe jamais sur la même vague. Chaque photo est un monotype technique d’un instant qui ne se reproduit jamais.

Stricto sensu la photographie n’est pas le réel. Le réel comme le temps n’existe pas sans nous. Nous sommes dans l’interprétation du réel et le photographe n’échappe pas à cette dialectique: les mots ne sont pas les choses et la photographie n’est pas le paysage où la scène sociale que nous vivons. Par exemple, une photo de paysage n’en recouvrira jamais tout son territoire. Certes, par abus de langage et surtout par commodité nous contournons quotidiennement le représentatif en réel, mais ce contournement s’oppose aussi au principe suivant : au détour de nos sens le vécu d’une prise de vue ne sera jamais le même. Je ne classe pas mes photos de paysages pas plus que toutes les autres dans un genre réaliste où abstrait. La photographie est affaire de culture et la culture s’exprime et s’attache presque toujours à donner des valeurs plus qu’à offrir ce qui fait sens. Il n’existe pas plus d’art contemporain que d’art primitif si ce n’est classer par nécessité anthropologique les temps de l’humanité. Le genre photographie sociale, photographie de paysage…ne sont comme les titres que des propositions à concevoir notre illusion du réel et mettre sur le chemin celui qui se perd à chercher. Pour illustré ces propos sur l’art et l’illusion rien de mieux que de faire référence à l’anecdote cité par Pline. Dans cette anecdote on voit le peintre Parrhasios tromper son ami Zeuxis qui avait peint des grappes de raisin d’une si parfaite ressemblance que les oiseaux tentaient de les becqueter. L’art de donner l’illusion d’une réalité est aussi affaire de détournement, c’est ce que j’aborderai ci-après dans le post-traitement des données informatiques d’une photographie. Ceci n’est pas une pipe titrait André breton, oui mais ceci la représente me diriez-vous. Alors ceci n’est pas le paysage, mais représente un paysage, oui mais cela va mieux en le disant me diriez-vous aussi. A ceci près que ce n’est pas le paysage que j’ai vu mais celui que j’ai vécu que je veux partager avec vous. Il n’y a de vérité dans l’art que celle que nous intellectualisons commes pour ces deux photos qui portent respectivement le titre de *** «La solitude de l’arbre » et « L’araignée ». L’abstraction est aussi un appel aux sens même si cette esthétique nous interroge plus que ce que nous classons comme le réalisme. Regarder bien ces deux photos et questionnez-vous sur la facilité que nous avons à détourner et à contourner. Si le choix du noir et blanc semble souvent plus abordable que la couleur c’est avant tout que la photo en noir et blanc puise ses atouts dans l’intemporalité d’une représentation. Noir est blanc, couleur, les deux pourtant comme la peinture incitent notre œil à puiser dans la matière.

Né en 1954 j’ai en 1980 j’ai travaillé pour la mairie de Paris au montage de l’exposition « Peintres de l’abstraction lyrique à Saint-Germain-des-Prés. 1946-56 ». A cette époque je venais de terminer l’Ecole des Beaux-arts de Paris et je travaillais pour poursuivre mas études en Arts-Plastiques à la Faculté Paris VIII. J’ai eu la chance de côtoyer Pierre Soulages dans son atelier. Taciturne et inquiet, peu loquace, il était toujours travaillé par « l’outrenoir » comme le reflet de son être. Si je peux résumer nos échanges je dirai que ses silences semblaient me dire : « Tu es dans la nuit et tu ne vois que des noirs. Regarde dans l’immensité de la toile la matière et les lumières qui viennent à toi ». Le deuxième peintre que j’ai côtoyé est Olivier Debré. Comme un complément à Pierre Soulage, Olivier Debré me faisait vibrer par son occupation de l’espace et par sont travail sur la couleur. Je mes souviens de sa gentillesse et de sa patience à vouloir m’ouvrir l’esprit. Il m’a appris je pense ce que veut dire de l’être à l’étant. Je pressentais une complémentarité à ce qui semblait les opposer : Le Thanatos de Soulages et l’Eros de Debré se soudaient comme un morceau de vie qui s’est ancré dans ma mémoire. Précédemment aux Beaux-arts, mon patron d’atelier, Pierre Matthey, disait enseigner ce qui ne s’enseignait pas. Me laissant dans la solitude et le doute il me disait souvent : « Ne me copié pas ». Plus l’indépendance de l’être nous interroge et plus nous sommes nous-mêmes. Choisir un vouloir penser par soi-même c’est avant tout puiser dans la multitude des cultures pour assembler ce qui est épars. Peut-être que le fait d’apprendre l’histoire de l’art, les techniques de la peinture et de parcourir la philosophie appliquée à l’art n’ont fait comprendre qu’il faut aussi savoir oublier pour être soi.

Ces marquages culturels laissent une empreinte dans ma mémoire. Choisir à être, choisir d’être. De la peinture à la photographie d’art le concept d’engagement s’affirme comme un témoignage d’un regard qui nous est propre. Le terme photographe auteur confirme bien l’orientation artistique du créateur. Si je peux trouver un intérêt artistique dans le tout numérique c’est souvent que dans la multitude certaines photos semblent apparaître comme un lien qui se joue de l’affect et engendre une dépendance psychologique à sociabiliser. Téléphone portable, tablette, écran d’ordinateur…les nouvelles technologies nous plongent dans la consommation d’images jusqu’à l’overdose du narcissisme. A vouloir sociabiliser un manque par le tout virtuel et l’individualisme nous cherchons inévitablement à accélérer le temps. Toujours plus d’images, toujours plus vite jusqu’à tordre la fonction plaisir déplaisir pour l’insérer dans le nœud gordien du virtuel. Choisir un cadrage c’est aussi choisir une mise en scène de ce que l’on ne veut ou ne pouvons pas montrer. Ce qui s’entre-choque n’est pas seulement prendre le virtuel pour la réalité car après tout personne n’a le don d’ubiquité et il est toujours agréable pour l’artiste de faire partager une représentation de son travail. Ce qui s’entre-choque c’est le désir de l’immédiateté et le désir d’une relation directe avec l’artiste et/ou ses œuvres. L’artiste se trouve trop souvent pris au piège de la multitude et de l’urgence pour se faire connaître et ce au détriment d’une confrontation humaniste de ce qui caractérise son travail. Exposer son travail dans une galerie où dans un lieu dédié à l’art est un incontournable, c’est en tout cas pour moi une finalité de mon travail. La multitude de se qui se consomme visuellement par les réseaux sociaux n’a rien à voir avec la productivité d’un artiste. Michael Freeman, artiste photographe qui est aussi enseignant en photographie, à produit un nombre considérable de photos. Mais au-delà de ses livres et de ses publications médiatiques rien ne se serait fait sans ses nombreuses expositions et sans les incontournables professionnels des galeries d’art photographique. Il est d’ailleurs impossible de lui attribuer un genre spécifique, un classement esthétique tant sa liberté de création semble inépuisable.

Les 32 boîtes de soupe Cambell’s (Campell’s soup Cans- 1962) de l’artiste Andy Wharol démontrent la mécanisation des productions et le besoin publicitaire d’écoulement dans l’uniformité. La photographe allemand Willi Moegle à comme Andy Wharol marqué de son empreinte le visage de la publicité de bon nombre d’entreprises. En 1954 sa photo « Prototypes – Flacons d’apothicaire » se veut proposer un modèle pour la production de flacons en verre. Membre de la Société des photographes allemands il influença longtemps l’orientation artistique des photographes de cette société. Le photographe auteur n’est pas un photographe de cartes postales mais un artisan de l’œuvre unique. Si le maximum de tirages autorisé est de 30 tirages tous formats confondus, je me limite personnellement à 5 tirages par photo. Ce qui n’exclu pas la possibilité d’une publication de mes œuvres. Il existe une différence entre le faire et le faire savoir. Le post-traitement numérique, comme le tirage de photographies d’art prennent pour moi une place aussi importante que la prise de vue. Le post traitement numérique est un acte complémentaire à toutes mes prises de vue car ce « labo photo » joue dans la même cour que notre bon vieux labo argentique. Au lieu de traiter chimiquement les développements le post traitement numérique offre un nombre infini de combinaisons possibles en nous accordant certaines corrections impossibles à faire en argentique. Une planche de contact apparaît sur l’écran calibré comme ce qui se fait en tirage argentique. Argentique et/ou numérique : un photographe reste un photographe quand il choisi de développer ou d’imprimer ses photos, d’ailleurs imprimer une photo reste aussi un procédé chimique. Je ne manipule jamais mes photographies avec l’utilisation d’un logiciel de photo montage, ce n’est pas mon domaine d’intervention ou de création. Même si il m’arrive de sauver une photo parasitée par une tache de capteur, je recherche seulement dans le post traitement à améliorer la qualité visuelle de ce que j’ai photographié et vécu sans en détourner la substance. Je m’applique à mettre en valeur l’alchimie de mes pensées et de la matière. La photographie est une matière à penser nos choisir d’être mais c’est aussi une matière à panser nos choisir à être.

Jean-Jacques Rougeaux.

 

***« La solitude de l’arbre » et « L’araignée ».

Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris. Atelier Matthey. Certificats Dîplome Supérieur d'Arts Plastiques. 1972-1977

Faculté Paris VIII Arts-Plastiques

*Dîplome: Licence, Maitrise, Dîplome d'études approfondies DEA 1ère année de Doctorat

1979-1983

Institut Français de Gestion

Techniques Commerciales

C.P. 1978

Workflow

Capture One Pro.

VD. 2 Brain

2015

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(Art. L11-3 du code de la propriété intellectuelle).

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